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Le marcheur de fès, Eric Fottorino

Français / Broché / 2013 / Eric Fottorino /


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Caractéristiques

Largeur 14 cm

Épaisseur 1.6 cm

Hauteur 21.5 cm

Langue Français

Description

Le marcheur de fès « Il est né en février 1936 dans le Mellah de Fès. Il vit aujourd'hui près de Barcelone, quand il n'est pas dans sa maison de Muret, près de Toulouse. La maladie lui interdit de prendre un avion, le prive de ses jambes, mais pas de ses souvenirs. Le marcheur de Fès, ce devait être lui. Je serais passé le prendre en auto. Une vertèbre proche de la moelle épinière, vermoulue comme une vieille charpente, en a décidé autrement. A quoi bon risquer la paralysie ? Il m'assure qu'il a toute son enfance « sculptée » dans sa tête. Le marcheur de Fès, c'est moi. Il me guide à distance. C'est étrange d'aller seul dans la ville où il a appris à marcher, au moment où il ne le peut plus. Je marche pour lui, par procuration. Je traverse le vieux Mellah ou Moshe-Moïse le fassi est devenu Maurice le français. Comme tous les siens. Je suis l'itinéraire de cette envie de France. Moins de deux kilomètres séparent le Mellah de la ville nouvelle. Deux petits kilomètres pour une vie rêvée puis réinventée entre deux mondes qui s'éloignent l'un de l'autre. Je sens la présence de son père Mardochée, de son grand-père Yahia le berbère, qui épousa jadis la nièce du grand Rabbin. Plus un seul juif dans le Mellah, seulement des cicatrices à l'embrasure des portes, là où étaient jadis fixées les mezouzah en signe de prière et de paix. Je traverse les souks, j'approche de la Karaouine, je monte aux Mérinides. Je découvre le cloaque de l'oued à l'eau glacée où enfant il se rêva champion du Maroc de natation. Voici la rue où son père vendait du charbon. Il attendait que trois étoiles s'allument dans le ciel pour s'autoriser une cigarette. Ici le balcon de leur premier appartement dans la ville européenne. Et là le cinéma l'Empire où Maurice resquillait aux entractes. Je m'arrête devant l'Urbaine, immeuble avec ascenseur et terrasse. De ce sommet un jour Maurice jeta son talet, son écharpe de prière, pour dire non à la religion. Rébellion d'un adolescent révolté devant la mort de sa grande sour Ninette à 17 ans. Où est passé le vélo blanc de la jeune fille, que nul n'avait le droit d'emprunter ? J'interroge le silence de nos vies. Fès me parle de lui. Et aussi André, son vieil ami d'enfance revenu vivre dans leur ville natale à soixante-dix ans passés. Et encore les rues désormais musulmanes du Mellah, l'ancienne place Lyautey, l'avenue Hassan II qui fut leur Sunset boulevard sous le nom d'avenue de France. C'est l'histoire d'un juif du Maroc qui dans l'exil n'a cessé ni d'être juif, ni d'être marocain ».

Résumé

« Il est né en février 1936 dans le Mellah de Fès. Il vit aujourd'hui près de Barcelone, quand il n'est pas dans sa maison de Muret, près de Toulouse. La maladie lui interdit de prendre un avion, le prive de ses jambes, mais pas de ses souvenirs. Le marcheur de Fès, ce devait être lui. Je serais passé le prendre en auto. Une vertèbre proche de la moelle épinière, vermoulue comme une vieille charpente, en a décidé autrement. A quoi bon risquer la paralysie ? Il m'assure qu'il a toute son enfance « sculptée » dans sa tête. Le marcheur de Fès, c'est moi. Il me guide à distance. C'est étrange d'aller seul dans la ville où il a appris à marcher, au moment où il ne le peut plus. Je marche pour lui, par procuration. Je traverse le vieux Mellah ou Moshe-Moïse le fassi est devenu Maurice le français. Comme tous les siens. Je suis l'itinéraire de cette envie de France. Moins de deux kilomètres séparent le Mellah de la ville nouvelle. Deux petits kilomètres pour une vie rêvée puis réinventée entre deux mondes qui s'éloignent l'un de l'autre. Je sens la présence de son père Mardochée, de son grand-père Yahia le berbère, qui épousa jadis la nièce du grand Rabbin. Plus un seul juif dans le Mellah, seulement des cicatrices à l'embrasure des portes, là où étaient jadis fixées les mezouzah en signe de prière et de paix. Je traverse les souks, j'approche de la Karaouine, je monte aux Mérinides. Je découvre le cloaque de l'oued à l'eau glacée où enfant il se rêva champion du Maroc de natation. Voici la rue où son père vendait du charbon. Il attendait que trois étoiles s'allument dans le ciel pour s'autoriser une cigarette. Ici le balcon de leur premier appartement dans la ville européenne. Et là le cinéma l'Empire où Maurice resquillait aux entractes. Je m'arrête devant l'Urbaine, immeuble avec ascenseur et terrasse. De ce sommet un jour Maurice jeta son talet, son écharpe de prière, pour dire non à la religion. Rébellion d'un adolescent révolté devant la mort de sa grande sour Ninette à 17 ans. Où est passé le vélo blanc de la jeune fille, que nul n'avait le droit d'emprunter ? J'interroge le silence de nos vies. Fès me parle de lui. Et aussi André, son vieil ami d'enfance revenu vivre dans leur ville natale à soixante-dix ans passés. Et encore les rues désormais musulmanes du Mellah, l'ancienne place Lyautey, l'avenue Hassan II qui fut leur Sunset boulevard sous le nom d'avenue de France. C'est l'histoire d'un juif du Maroc qui dans l'exil n'a cessé ni d'être juif, ni d'être marocain ».

Biographie de l'auteur·rice

Éric Fottorino, ancien directeur du Monde, a publié de nombreux essais et romans. Salué par la critique, il a remporté plusieurs prix, notamment pour  Korsakov (Prix France-Télévisions et Prix des Libraires, 2004), Caresse de rouge (Prix François Mauriac de l'Académie française, 2004) et Baisers de cinéma (Prix Femina, 2007).
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